Éditorial du mois


L’autre dimension de la planification de la retraite…

Depuis déjà près de vingt ans, nous entendons parler de préparation de la retraite et de toute la planification financière qui s’en suit. D’ailleurs, lorsque nous allons dans une librairie et désirons trouver un livre à ce sujet, il n’est pas rare qu’on nous réfère à la section financière comme si la qualité de notre retraite se limitait strictement au capital financier accumulé. Par bonheur, de nombreux ouvrages ont été écrits depuis ce temps et concernent aussi les aspects psychologiques et relationnels de cette période de la vie tant attendue pour plusieurs. Lorsque nous demandons à une personne retraitée de nous parler de ce qu’elle vit, il est fréquent que la conversation s’oriente davantage sur les aspects psychosociaux et la santé que l’aspect financier. Je m’en voudrais de donner l’impression de sous-estimer la place que doit occuper l’argent dans notre planification. Je désire plutôt lui redonner la place qui est la sienne en soulignant l’équilibre qui doit prévaloir entre l’argent, la santé physique et la dimension psychosociale. Si l’une de ces trois dimensions est manquante, il y a fort à parier que notre qualité de vie s’en trouvera affectée. C’est formidable d’avoir un revenu substantiel et d’avoir une bonne santé mais si je n’arrive pas à avoir un réseau social significatif ou si je suis seul et incapable d’être en relation ou simplement de les initier, ma santé mentale risque d’être ébranlée en particulier lors d’événements significatifs. J’ai beau avoir des amis et une bonne santé mais si j’ai perdu une partie de mon pouvoir d’achat, je risque de devoir modifier mon réseau de connaissances ou de leur fausser compagnie plus souvent que je ne l’aurais souhaité.
Laisser le monde du travail est un événement en soi.
Mais avant d’aller plus loin au sujet de la retraite, il importe de savoir ce que je laisse derrière moi, de bien saisir la grande place qu’occupait le travail dans ma vie quoti-dienne. Le travail est beaucoup plus qu’un salaire versé chaque semaine ou aux deux semaines. En fait, le travail, pour plusieurs d’entre nous, est un lieu où il nous est possible de se réaliser, de relever des défis, de rencontrer une foule de personnes, d’avoir des avantages sociaux, de s’actualiser, d’être reconnu et valorisé, d’avoir des vacances, un statut social, d’avoir un groupe d’appartenance, etc. Mais le travail peut être aussi un lieu où nous vivons des difficultés, des conflits relationnels, où le stress devient omniprésent, notre santé peut devenir fragile, les horaires sont contraignants, le voyagement quotidien accaparant nous vo-lant un temps précieux non-négligeable et où le rapport avec les figures d’autorité est parfois difficile, etc. Bref, le travail va au-delà de l’aspect monétaire. En fait, le travail nous permet de combler une grande quantité de besoins fondamentaux mais parfois même, il peut aussi leurs nuire. C’est pourquoi, il importe de réaliser que notre vie, en-dehors du travail, est souvent construite autour de ce dernier. Lorsque ce dernier est terminé, il nous faut plonger en soi afin de bien déterminer de quoi nous souhaitons combler ce temps libéré. Par ailleurs, je tiens à faire une mise en garde, il ne s’agit pas de passer le temps. Encore faut-il savoir choisir de quoi sera meublé notre vie dorénavant. Il nous faudra choisir en fonction de nos besoins et en fonction de nos valeurs. De nos jours, ce qui est merveilleux, c’est qu’il n’y a pas de modèle à imiter. C’est à nous de créer notre propre vie de retraite. Pour ma part, la seule chose que je veuille retenir du fameux slogan de « Liberté 55 » est que la retraite nous permettra de nous réapproprier probablement environ 55 heures de liberté de plus par semaine. Et si l’on ne s’organise pas, on risque de « se faire organiser ». Nous sommes alors, seul maître à bord.
Élyse Beaucage, T.S
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