Éditorial de Juin 2008


Ma passion, l'être humain. Ma mission, le deuil

Le deuil, un chemin privilégié qui demande de prendre le temps.  Il ne s’agit pas d’imposer une échéance, il s’agit de se réapproprier le tempo de son âme et de le suivre.  L’âme connaît le chemin.  Pour avoir cherché dans tous les sens la raison pour laquelle j’avais ce mal de vivre, j’ai fait le lien et je vois l’impact des deuils non résolus de mes parents sur moi.  J’ai beaucoup pleuré mon sentiment de vide intérieur sans comprendre.  Je me suis questionnée, j’ai cherché, et j’ai fini par trouver en vérifiant avec eux.  J’ai partagé avec ma mère et mon père des moments de vérité.  Ceux-ci m’ont sorti d’un espace de confusion et m’ont ramené dans ma réalité.  
Oui, j’ai porté beaucoup de vide, de non-dits, de secrets de famille et, dans mon imaginaire, je me suis détruite en me culpabilisant, en m’isolant, en m’imaginant des scénarios.  J’ai eu honte de mon incompréhension.  J’ai eu honte aussi de mes émotions et de leur intensité.  Je me suis jugée trop sensible.  Le cocktail parfait pour le non estime de soi.  
Pour découvrir aujourd’hui, que plus mon père che-mine dans le deuil de son propre père mort par suicide il y a 63 ans, plus il s’articule sur la mort de sa fiancée décédée près de lui dans un accident de voiture il y a 58 ans, plus je ressens à l’intérieur de moi le bienfait de ses mots.  Ils sont comme des anges qui me guérissent.  Je suis émue de l’entendre, de le connaître davantage et de partager avec lui ma peine et ma joie d’être en relation avec lui. 
Je dramatisais l’histoire de vie de mon père, je dramatisais aussi ma vie.  Il est vrai qu’à cette époque, il y avait beaucoup de jugement et de honte autour du suicide et très peu d’espace d’expression suite à un décès.  Rien ne pouvait naître de cette souffrance.  Elle s’entassait dans un présent qui alimentait les douleurs du passé.  De cet isolement, je comprends ma confusion, ma démesure, mon intensité, la dramatisation, l’idéalisation.  Mon père restait toujours mon héros.  
Il n’est pas scientifique mon récit, il est de l’ordre du senti.  Dans mon monde intérieur où je chemine depuis plusieurs années, je ne me suis jamais sentie aussi bien que depuis que mes parents partagent leur mémoire avec moi.  
Choisir de vivre son deuil, c’est comprendre toute l’importance de cette expérience de vie, somme toute, naturelle.  C’est se permettre d’exprimer l’amour de l’être disparu en manifestant la douleur de l’absence.  C’est se permettre de vivre la douleur de la perte de la personne qu’on a aimée, qu’on a tant appréciée.  C’est se donner le droit d’être soi-même dans l’expression de ce vécu souffrant en relation avec l’autre.  C’est se donner l’espace de vie qui transforme.  Le vécu sacré.  C’est choisir de renaître à la Vie parce qu’elle ne sera jamais plus pareille
Angèle Valiquette, TRA
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