Éditorial du mois
Nos attentes face à la retraite
Vous est-il déjà arrivé de dire, dans un moment d’exaspération au travail, « Je te dis qu’à la retraite, ça ne se passera pas comme cela »? La dernière fois que vous avez convoité une publicité de croisière, vous est-il passé à l’esprit qu’à la retraite vous aller enfin vous l’offrir ? Après tout, vous le méritez bien ? À votre dernier examen médical, votre médecin vous a peut-être fait quelques mises en garde concernant votre santé, mais qu’à cela ne tienne, à la retraite j’aurai tout le temps nécessaire pour prendre soin de moi, etc. Nous pourrions poursuivre ainsi indéfiniment notre réflexion mais une chose est certaine, à un moment donné, nos attentes face à la retraite risquent de ressembler à un ballon que l’on souffle au gré de ces frustrations et de ces fantaisies. Vous me direz peut-être quel mal y a t-il à rêver? En fait, là n’est pas le problème. Il réside plutôt dans les motifs qui sous-tendent ses affirmations. Le danger est donner le mandat a la retraite de me rendre heureux ou heureuse. Elle est un contenant et non un contenu. C’est à chacun d’en faire ce qu’il veut de tout ce temps libéré. Si j’attends beaucoup de la retraite le ballon risque d’éclater et au moment où je m’y attendrai le moins. La retraite peut, dans certains cas, durer près de trente années, presque aussi longtemps que la période couverte par le travail mais elle ne dure pas indéfiniment. Il faudra faire des choix et qui dit choix dit aussi deuil car choisir c’est prendre une chose pour en laisser une autre derrière. Il existe autant de raisons que d’individu pour prendre la décision de cesser le travail rémunéré dans lequel nous étions engagés depuis un certain nombre d’années. Mais une chose est certaine, lorsque notre décision est imposée par des facteurs externes et qu’elle est involontaire, la première période de la transition qui est la lune de miel, risque d’être esquivé pour une période plus ou moins longue de désenchantement. Par ailleurs, une bonne dose de frustrations et d’attentes irréalistes accumulées de longues dates peuvent aussi bien faire l’affaire et ce, même dans le cas d’une décision volontaire. Nos rêves et nos espoirs doivent s’appuyer sur des actions planifiées. C’est pourquoi il nous faut vraiment reprendre contact avec soi, bien identifier nos besoins et nos valeurs afin de donner du sens à notre vie de retraite. Il m’arrive de rencontrer des gens qui sont plus occupés à la retraite qu’ils ne l’étaient auparavant. Je trouve cela épatant dans la mesure où ces gens poursuivent des activités qui font du sens dans leur vie en fonction de leurs valeurs. Je ne peux m’empêcher de souligner que pour certaines personnes, l’activisme effréné peut cacher un évitement avec soi-même. La peur de la solitude est parfois la peur que l’on souhaite éviter à tout prix. Re-questionner sa vie après une trentaine d’années de travail et se retrouver en déséquilibre le temps de la réorganiser, n’est pas toujours confortable mais cela peut être profitable. Alors on s’occupe pour ne pas trop penser, pour ne pas trop de « se retrouver » au cas où l’on ne se reconnaîtrait plus ?
Le contexte de l’événement
Vous est-il déjà arrivé de rencontrer un ami quelques temps après avoir quitté son travail et de le retrouver changé, vieilli ou simplement l’air triste et sans joie? Et je ne parle pas ici d’un matin où l’on se lève du mauvais pied ? Vous connaissez peut-être l’échelle des événements stresseurs récents de messieurs Holmes et Rahe communément appelé l’échelle de stress. En fait, l’essentiel de leurs travaux démontre que certains événements de la vie contribuent à générer du stress du seul fait qu’ils impliquent un effort d’adaptation à un nouveau style de vie. Évidemment, la réponse à ces événements peut varier en fonction des individus au niveau de leur hérédité, de leurs ressources psychologiques personnelles, de l’importance du réseau social, de certains facteurs biochimiques,etc.. Toujours selon ces auteurs, si un individu cumule, au cours d’une année, un certain nombres d’événements significatifs, il semble que les risques de voir apparaître la maladie augmentent proportionnellement à la rapidité et au nombre d’événements vécus durant cette période. Concrètement, cela veut donc dire que je dois être vigilant(e) et m’assurer de préserver une certaine stabilité l’année précédente la prise de la retraite et l’année suivante. Étant donné qu’il y aura, de toute façon, des changements extrinsèques qui s’imposeront d’eux-même, il serait sage de préserver les meilleures conditions favorables à cette transition : tel que certaines routines de base concernant les besoins fondamentaux comme prendre soin de son alimentation, avoir suffisamment de repos, faire de l’exercice régulièrement et prendre du temps en famille ou avec des amis proches. La retraite est l’occasion de reprendre du pouvoir sur sa vie et de répondre à nos besoins d’une façon plus harmonieuse avec nos valeurs. Cela demande de prendre le temps de vivre une sorte de « sevrage » du travail et se permettre de plonger en soi dans le silence pour aller y trouver l’essentiel : soi-même !
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